Le bon, la brute et le truand
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L'analyse
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Trois personnages sont maintenant de la partie, nous assurant encore plus de scènes diaboliquement divertissantes : on retrouve les deux protagonistes de For a few dollars more et un troisième larron qui vient surenchérir la problématique de l'auteur. celui-ci marque l'intrusion d'un nouveau type de jeu dans le travail de Sergio Leone ; la gesticulation, la grimace, l'éructation sont des accessoires nécessaires à son comportement mi-sérieux mi-caricatural, mais toujours liés à l'outrance et à la vulgarité. Sergio Leone : "je souhaitais décrire l'imbécillité humaine dans un film picaresque où je montrerais aussi la réalité de la guerre... j'étais excité de montrer une guerre tout en jouant contre les stéréotypes du western. j'ai inventé trois protagonistes qui participeraient à ce dispositif : un bon, une brute et un truand. Ces appellations étaient arbitraires. très vite, on peut s'apercevoir que le bon est autant un fils de pute que les deux autres". Dès le début du film, Sergio Leone énonce le moteur de son film, la manipulation. Les trois personnages nous sont présentés et labellisés par un arrêt sur image et une surimpression manuscrite. L'insistance apportée à cette identification implique que l'épithète apposé à chacun est une manipulation négative du stéréotype. Déjà la mise en scène utilisée pour ces trois ouvertures souligne ce type de discours : des hommes marchent face à face pour se battre en duel, mais lorsqu'ils arrivent devant une taverne, ils s'y engouffrent ensemble. Là, nous entendons des coups de feu, puis nous voyons Elie Wallach apparaître en sautant par la fenêtre. Il fuit et nous découvrons les hommes du début de la séquence massacrés. Wallach est alors nommé le truand. Vient alors la présentation de la brute, interprété par le bon du film précédent. Pour introduire le bon, la mise en scène joue sur le coup de théâtre, généralement par entrée en amorce dans le champ, souvent annoncé par le bruit du revolver qu'on arme. Les trois personnages sont alors définis comme trois truands, Le bon ne l'étant que par référence aux deux autres et pas du tout dans l'acceptation courante du terme. Ensuite, diverses manipulations nous amènent à de surprenantes conclusions. Les chasseurs de prime sont devenus l'équivalence des bandits des films précédents ; tous les personnages sont des salauds (parfois sympathiques) assez éloignés de la mythologie hollywoodienne ; le jeu d'escroquerie auquel se livre le bon et le truand contredit les apparences et le bon ne cessera de truander le bon truand. Tout n'est que jeu de dupes à l'intérieur de la fiction et l'intrusion de l'Histoire ne fera qu'accentuer ce décalage. "Quand on tire, on tire, on ne raconte pas sa vie". Cette phrase déclamée par Tuco, le truand, assoit la philosophie de Sergio Leone concernant la description de ces personnages: avares en paroles, ses héros ont également le geste rare. La musique d'Ennio Morricone remplit son office en mettant en valeur les silences et en traduisant les sentiments. Clint Eastwood confirme : "mon sentiment était que la force du personnage résidait dans son économie de mouvement et dans la faculté qu'avait le spectateur de prévoir ce qu'il allait faire". Qui est bon, qui est mauvais ? Nous ne pouvons répondre. Aucun des personnages ne se livrera à la moindre introspection et leurs rares dialogues sont vierges de toute subtilité psychologiques (à l'exception de la rencontre du truand, Tuco, avec son frère). En perpétuelle contradiction, la fiction avance au sein d'un collage qui réinterroge la notion de linéarité. Pourtant, le film semble un récit émaillé d'humour et de séquence spectaculaire. Ces moments drôles et jubilatoires sont autant d'accrocs dans les mailles de la fiction. Ils indiquent le discours réel du film, sa béance et son indisponibilité à l'enregistrement des mythologies traditionnelles. Ici, la poussière est fréquente. Son rôle est à la fois masque et révélateur, sa fonction provoque une distanciation amusée ou lyrique. Elle rejoint le propos de Leone par ses qualités d'accessoires : ainsi, les uniformes bleus couverts de poussières que le truand prend pour des uniformes confédérés ; la musique douce qui dissimule les cris de tortures dans le camp de prisonniers ; le revolver caché dans le bain de mousse ; le train coupant les chaînes de menottes unissant le truand à son gardien. De même, le nombre de fausses identités, trocs de vêtements, changements d'attitudes, ruptures et redondances, tant dans le fond que dans la forme, ne font que confirmer l'impression donnée par les deux premiers films de la trilogie " Dollars ". A la différence que cette fois-ci, le travail de Leone est plus théorisé : son propos, de racoleur, est devenu dialectique, et le spectaculaire se voit sur-utilisé, donc réduit à néant. Le duel final confirme cela puisque toutes les cartes sont truquées. En fait, nous ne pouvons assister qu'à l'exécution d'un ballet de cinéma, une représentation clownesque du western hollywoodien. |