Un jour sans fin

La critique

 


Quelle réussite ! A partir d'une idée unique, Harold Ramis trousse une comédie pleine de vitalité. L'idée de départ est d'une simplicité déconcertante mais aucun scénariste n'y avait pensé jusqu'à présent. Du coup, le film est original, ingénieux, drôle, subtil et surprenant car le scénariste exploite à merveille toutes les possibilités qu'engendre cette idée. Le personnage de Bill Murray est d'abord surpris par ce qu'il lui arrive. Il décide ensuite, sans rien changer à son caractère, de profiter de la situation après avoir assimilé ce qui lui arrive. Mais cela mène à la catastrophe. Après un moment de désespoir (les formidables scènes ou il avoue s'être suicidé une trentaine de fois), il prend conscience du sens de la vie et profite de sa capacité à revivre chaque moment pour s'intéresser aux gens qui l'entourent.

Certes, le message humaniste peut paraître simpliste mais grâce à une interprétation hors pair (Bill Murray est décidément un grand acteur aussi à l'aise dans la comédie que dans le drame). Le film prend alors une vraie dimension. Ramis n'a pas d'autres prétentions que de montrer la nécessité de s'intéresser aux autres et trouver les vraies valeurs de la vie. Mais derrière cela, le film est une réflexion sur la routine du quotidien que l'on fuit perpétuellement. Phil ne vit-il pas malheureusement comme beaucoup de ces gens qui aimeraient que la vie leur réserve un autre traitement ?

Formidable exercice de style d'un scénariste, Un jour sans fin est un film à la mise en scène qui réserve de belles trouvailles. La fin est d'un romantisme de bon aloi dans ce type de film et ne tombe pas dans la mièvrerie. C'est une comédie gaie dont chaque nouvelle vision est un réel plaisir.

Coincé dans un espace temporel et géographique, le héros d'UN JOUR SANS FIN va faire la douloureuse expérience d'une unité de temps et de lieu absolue. A l'instar d'un acteur de théâtre, la possibilité lui est offerte de sonder l'intégralité des méandres psychologiques d'un personnage, de le faire évoluer jusqu'à son stade le plus abouti, sous la direction d'un metteur en scène invisible et retors. Mais pour Phil Connors, ce n'est ni d'une pièce, ni d'un personnage fictionnel, mais bien de lui-même et de son propre devenir dont il s'agit.

Artifice scénaristique extraordinairement intelligent, la condamnation d'un être cynique à vivre un présent indépassable transforme les données de base de la comédie américaine moderne, ainsi que celles propres au thème des paradoxes temporels. Il offre à Harold Ramis et à Bill Murray une palette de variations si large que le registre comique peut être étendu jusqu'à confiner au conte philosophique. Ce qui est devenu trop rare par les temps qui courent.

Le temps privé de son mouvement, si tant est que l'on puisse penser ces concepts comme les paradoxes de Zénon d'Elée le prouvent, devient pour Connors un champ d'expériences illimité lui donnant l'opportunité de se constituer un personnage parfait et quasi démiurge. Et c'est son amour pour Rita qui lui révèle les meilleurs aspects de sa personnalité qu'il enfouissait jusqu'alors sous une épaisse couche de perversité et de suffisance. Mais auparavant il aura fait l'expérience de la mort, toujours ressuscité, de l'ivresse insoupçonnable de se donner la mort. Le voià donc prêt à affronter une seconde naissance ayant été aux, confins de la connaissance : la folie, l'absolu mystique, la mort, l'amour.



 

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