La vie est belle

La critique

 


Le film se présente comme une fable et oppose " la force du rêve à la réalité du cauchemar ".

Roberto Benigni nous offre un film magnifique, une véritable déclaration d'amour, car il est amoureux de la vie, sous toutes ses formes.

Il n'y avait sans doute qu'un poète, dont la liberté d'expression serait suffisamment provocatrice, pour nous faire admettre que l'on puisse parler des camps de concentration sur un ton qui, tout en étant toujours aussi respectueux et digne, est plus proche de la comédie que du drame.

En mettant de l'humour là où on n'ose généralement pas mettre autre chose que des larmes, de la désolation et de la révolte, Benigni n'a surtout pas cherché à banaliser l'horreur absolue. Au contraire. Quelques semaines après la sortie de Train de vie, il se sert lui aussi de la fable pour décrire des situations bien concrètes, dont il détourne les images mais jamais le sens. Il n'est pas étonnant qu'à Cannes, on ait comparé Benigni à Chaplin qui, au-delà d'un récit apparemment léger, n'avait pas son pareil pour dénoncer les injustices et plonger au coeur de la complexité de l'être humain.

Derrière l'apparence d'un conte,qui est aussi une formidable histoire d'amour (autant entre un homme et une femme qu'entre un père et son fils), Benigni a l'air d'avoir construit son film en deux parties - avant le camp et dans le camp. Mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir que chacune éclaire l'autre : dans chaque "détail", dans chaque dérapage de la vie quotidienne se trouve la graine du mal absolu. Belle leçon de vigilance. Sous le couvert d'une mise en scène classique, tout entière au service de son histoire, il joue avec la réalité comme on s'amuse avec l'imaginaire. ici, le terrain est balisé. Les uniformes parlent d'eux-mêmes. Les visages aussi. Il y a les bons et les méchants, les juifs et les fascistes.

wrapped in plastic


C'est en repoussant les limites du supportable, avec autant d'exubérance que de générosité, que Benigni nous frappe droit au coeur. On croit qu'il va s'arrêter et sa force est justement de ne jamais s'arrêter l'à où les convenances l'exigent. Avec la folie et la grâce des innocents, il n'a peur de rien. Il n'invente rien, mais pousse chaque situation suffisamment loin pour que son film surprenne, déconcerte, bouleverse. Malraux disait qu'à travers son oeuvre, il cherchait la région cruciale de l'âme où le mal absolu s'oppose à la fraternité. Peut-être que Benigni, avec sa tête de clown et ses rêves de poète, a tout simplement réussi à la trouver.